Le prix à payer pour sauver la relation d'attachement avec ses parents une vision Somatic Experiencing

publié par Carmen Scarlat, le vendredi 10 juillet 2026



Il y a une scène d'un conte d’Andersen qui me revient souvent lorsque je pense à certaines histoires traumatiques.

 

Vous connaissez peut-être l’histoire, celle de ce roi, obsédé par ses vêtements et par l’image qu’il renvoie, reçoit un jour la visite de deux tailleurs qui lui promettent une tenue extraordinaire.

 

Ils lui expliquent que le tissu est si merveilleux qu’il possède même une particularité étonnante : les personnes incapables de comprendre leur fonction ou simplement stupides ne peuvent pas le voir.

 

Le roi est ravi. Il veut évidemment savoir qui, autour de lui, est suffisamment intelligent pour admirer ce magnifique tissu.

 

Alors les tailleurs font semblant de travailler: ils coupent dans le vide, ils cousent dans le vide.

 

Et lorsque les conseillers du roi viennent voir l’avancement du travail, ils ne voient absolument rien. Mais personne n’ose le dire.

 

Parce que chacun pense : "Si je dis que je ne vois rien, ils vont penser que je suis stupide."

 

 Alors tout le monde trouve ca magnifique, tout le palais admire un vêtement qui n’existe pas.

 

Le jour de la grande procession arrive. Le roi sort dans la rue, persuadé d’être vêtu de la plus belle tenue jamais confectionnée.

 

Les courtisans applaudissent, la foule regarde et personne ne dit rien. Jusqu’à ce qu’un enfant, au milieu de la foule, regarde le roi et s’exclame simplement : "Mais le roi est tout nu !"

 

Et soudain, quelque chose se fissure. Parce que l’enfant n’a pas besoin de convaincre qui que ce soit, il dit simplement ce qu’il voit.

 

Et je trouve cette histoire (qui m'a été racontée dans mon cours de Somatic Experiencing) particulièrement puissante lorsqu’on pense à l’enfant qui grandit dans une famille où quelque chose ne va pas, mais où personne ne semble vouloir le reconnaître.

 

Imaginez un enfant au milieu d’un conflit familial, ses parents se disputent, ils sont absorbés par leurs propres blessures, leurs propres peurs, leurs propres silences.

 

Ces adultes font comme si tout était normal et l’enfant pense :« Mais qu’est-ce qui se passe ? »

 

Puis il regarde autour de lui, personne ne semble voir ce qu’il voit.

 

Alors, peu à peu, il commence à douter de lui-même.

 

« Peut-être que j’exagère. »

 

« Peut-être que c’est moi le problème. »

 

« Peut-être que je suis trop sensible. »

 

Et c’est là qu’une croyance peut se construire.

 

Parce que pour un enfant, reconnaître : « Mes parents sont en train de mal faire » peut être beaucoup plus dangereux intérieurement que de croire : « C’est moi qui ai un problème. »

 

Pourquoi ?

 

Parce que si le problème vient de moi, j’ai encore une possibilité d’agir. 

 

Si je deviens plus sage, si je fais moins de bruit, si je travaille mieux, si je ne demande rien, si je suis parfait…peut-être que tout ira mieux.

 

Mais si le problème vient des adultes dont je dépends, alors je suis impuissant.

 

Et pour un enfant, cette impuissance peut être terrifiante.

 

C’est aussi pour cela que, dans le travail thérapeutique, il peut être profondément réparateur de rencontrer enfin un adulte qui ne vous demande pas de renoncer à votre perception. Et vous inviter à vous mettre dans votre posture d'adulte aujourd'hui pour regarder de nouveau la situation.

 

Un thérapeute qui puisse parfois dire : « Tiens et si c’était le contraire ?» 

 

Pas pour imposer une nouvelle vérité, mais pour ouvrir une brèche, qui vous permettrait de vous demander : 

 

« Et si ce que j’ai ressenti avait du sens ? » 

 

« Et si je n’étais pas le problème ? » 

 

« Et si, à l’époque, mon corps avait compris quelque chose que personne autour de moi ne pouvait reconnaître ? » 

 

En Somatic Experiencing, nous ne cherchons pas nécessairement à comprendre intellectuellement ce qui s’est passé, nous pouvons aussi nous intéresser à ce que le système nerveux a dû faire pour survivre à cette réalité, c’est-à-dire se figer, se taire, s’adapter, se couper de ses perceptions, ou apprendre à ne plus faire confiance à ce qu’il ressent. 

 

Et parfois, la réparation commence très simplement quand quelqu’un peut enfin vous dire : Non. Attendez. Regardons encore une fois.

 

Parce qu’il arrive que toute une vie ait été construite autour d’une croyance qui vous la pourrit, ou d'un mécanisme de survie qui n'est plus nécessaire.

 

Vous l’avez simplement adoptée pour pouvoir rester en lien, rester aimé et rester en sécurité. 

 

Alors aujourd’hui, peut-être que la question n’est pas : « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » mais plutôt : « Qu’est-ce que j’ai appris à croire sur moi pour pouvoir vivre dans ce que je ne pouvais pas changer ? » 

 

Et parfois, quelque part à l’intérieur, l’enfant est encore là. 

 

Celui qui regarde le roi et qui sait que le roi est nu. Et que c’est la vérité. 

 

Et vous, sentez-vous que vous continuez aujourd'hui à chercher ce qui ne va pas chez vous ? Et si votre corps savait depuis toujours la vérité ? Parlons-en. 

 

Je vous invite à partager cet article à quelqu'un qui a besoin d'entendre : « Tu n'y étais pour rien. »

 

? Carmen Scarlat | Thérapeute spécialisées en régulation du système nerveux & réparation des traumas

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